Ferima Ghilat Coulibaly : l’entrepreneure ivoirienne qui transforme les fruits locaux en richesses durables
Des racines ivoiriennes aux ambitions entrepreneuriales
Née en Côte d’Ivoire, Ferima Ghilat Coulibaly est diplômée de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO) à Abidjan. Son enfance, bercée par les saveurs authentiques des fruits du terroir et les recettes transmises par sa communauté, lui a donné très tôt le goût du naturel et du partage. En grandissant, elle constate un paradoxe : des trésors agricoles ivoiriens comme le cacao ou le baobab sont majoritairement exportés à l’état brut, sans valorisation locale. Ce manque de transformation sur place prive le pays de valeur ajoutée et d’opportunités économiques. Déterminée à changer la donne, Ferima Coulibaly décide de se lancer dans l’entrepreneuriat agroalimentaire afin de valoriser localement les ressources du pays et en faire profiter sa communauté.
En 2020, à seulement 26 ans, elle fonde la STFCI, la Société de Transformation, de Formation et de Commerce International. Avec cette jeune entreprise, Ferima pose la première pierre de son aventure entrepreneuriale dans l’agro-industrie ivoirienne, guidée par une ambition claire : allier tradition et innovation pour créer des produits locaux de qualité et bâtir un écosystème plus autonome.
Coulibaly Ghilat Ferima, STFCI et le projet Marife
STFCI : former et transformer pour valoriser le local
Dès sa création, STFCI affiche une double mission. D’une part, c’est une unité de transformation agroalimentaire qui développe ses propres produits à partir des richesses agricoles ivoiriennes. D’autre part, c’est une structure de formation et de conseil destinée à accompagner d’autres acteurs du secteur. Concrètement, Ferima Coulibaly et son équipe forment et outillent des entrepreneurs et coopératives pour qu’ils puissent transformer eux-mêmes leurs matières premières (fruits, noix, céréales, etc.) en produits finis de haute qualité. STFCI propose aussi des services-conseils en procédés de transformation et en assurance qualité, afin d’élever les standards de l’agroalimentaire local.
L’objectif ultime de STFCI est de bâtir un écosystème local plus fort, autonome et équitable. En partageant son savoir-faire, Ferima Coulibaly crée un cercle vertueux : son entreprise produit des denrées innovantes tout en diffusant les compétences techniques autour d’elle. Pour cette entrepreneure, l’agro-transformation est un puissant levier d’autonomisation économique et de développement durable des communautés rurales. Chaque session de formation et chaque nouveau produit contribuent ainsi à réduire la dépendance aux importations, à garder la valeur ajoutée dans le pays, et à professionnaliser la filière agroalimentaire ivoirienne.
Marife : une marque agroalimentaire innovante et engagée
Pour porter ses créations agroalimentaires auprès du grand public, Ferima Coulibaly lance Marife, la marque commerciale de STFCI. Marife incarne sa vision d’une alimentation locale, saine et moderne, sans renier l’authenticité des saveurs ivoiriennes. La jeune marque s’est donnée pour mission de valoriser les produits emblématiques de Côte d’Ivoire – du baobab au cacao en passant par la noix de cajou – en les transformant en boissons et en encas nutritifs, adaptés aux modes de consommation d’aujourd’hui.
Parmi les produits phares de Marife figurent Baojus, un jus naturel préparé à base de pulpe de baobab mélangée à d’autres fruits locaux, et Baobon, une confiserie originale élaborée à partir du fruit du baobab. Chaque recette puise son inspiration dans le patrimoine culinaire ivoirien tout en incorporant une touche d’innovation. Les bonbons Baobon, par exemple, sont composés de pulpe de baobab associée à de la mangue, de l’ananas et du gingembre, sans aucun sucre ajouté, matière grasse ni conservateur. Ces friandises allient gourmandise et bienfaits pour la santé grâce à leur richesse en vitamines et fibres naturelles. De son côté, le jus Baojus propose une boisson énergisante et rafraîchissante, exploitant les vertus nutritives du “fruit de l’arbre de vie” qu’est le baobab. A cela vient s’ajouter sa nouvelle gamme de produits issue de la transformation du cacao (absolu de cacao, infusion et fèves de cacao…)
Les bonbons Baobon, à base de pulpe de baobab et de fruits ivoiriens, illustrent l’innovation de Marife : transformer un ingrédient traditionnel en confiserie saine et locale.
Toute la gamme Marife se distingue par cette philosophie du 100% naturel et local. Ferima Coulibaly veille à n’utiliser que des ingrédients du terroir, sans arômes artificiels ni additifs, afin de préserver la pureté des saveurs et les qualités nutritionnelles. Son approche consiste aussi à réveiller une certaine nostalgie gourmande : « Chaque produit que je propose est pensé pour vous faire redécouvrir les saveurs de votre enfance, tout en valorisant les vertus nutritionnelles de nos ressources locales », explique-t-elle. En innovant à partir de recettes traditionnelles (tisanes de cacao, confitures, etc.), Marife parvient à séduire les consommateurs ivoiriens en quête de produits sains, tout en rendant hommage au savoir-faire culinaire local.
Si l’ancrage de Marife est résolument ivoirien – la fondatrice travaille main dans la main avec des producteurs locaux pour s’approvisionner en matières premières de qualité –, la marque voit grand. Ferima Coulibaly aspire en effet à projeter l’excellence ivoirienne sur la scène internationale. Elle ambitionne de faire reconnaître mondialement des produits comme le baobab séché ou le cacao transformé non seulement pour leur goût, mais aussi pour la valeur ajoutée locale et le savoir-faire qu’ils incarnent. Dans cette optique, Marife vise des certifications de qualité et multiplie les efforts en R&D pour maintenir des standards élevés. « Mon aventure est profondément ancrée en Côte d’Ivoire, mais je veux aussi montrer au monde la richesse de nos saveurs africaines », affirme-t-elle, résumant ainsi le double credo de Marife : local par l’âme, global par la vision.
Un impact économique, social et environnemental local
Au-delà de la réussite commerciale, Ferima Ghilat Coulibaly met un point d’honneur à ce que ses initiatives génèrent un impact positif sur sa communauté. Sur le plan économique, Marife et STFCI contribuent à créer des débouchés locaux pour les produits agricoles. En s’approvisionnant directement auprès de coopératives et de petits agriculteurs locaux, l’entreprise améliore les revenus de ces derniers et stimule l’activité dans les zones rurales. Chaque kilo de pulpe de baobab ou de mangue acheté et transformé sur place est une petite victoire contre la pauvreté agricole, car la valeur ajoutée reste dans le pays plutôt que d’être perdue dans les chaînes d’exportation brutes. Par exemple, les achats de fruits réalisés par Marife soutiennent les moyens de subsistance de nombreux petits producteurs locaux, note la Fondation Louis Dreyfus. De plus, en formant d’autres entrepreneurs à la transformation, Ferima encourage la création de nouvelles PME agroalimentaires, renforçant ainsi tout un tissu d’économie locale.
L’impact social de son action est tout aussi marquant. « À travers STFCI et Marife, je vise non seulement la réussite économique, mais aussi le progrès social », souligne l’entrepreneure. Son entreprise a déjà permis de créer des emplois locaux dans la transformation des fruits, offrant des opportunités notamment aux femmes et aux jeunes de sa région. Ferima Coulibaly se veut d’ailleurs un modèle et un mentor pour d’autres femmes ivoiriennes tentées par l’entrepreneuriat. Inspiration, partage et autonomisation sont des valeurs centrales qu’elle promeut : « encourager d’autres femmes à se lancer » et « contribuer à l’autonomisation des communautés rurales en valorisant leurs productions » font partie intégrante de sa vision. Son leadership au féminin montre qu’il est possible de réussir dans l’agroalimentaire tout en restant fidèle à ses racines, et qu’innovation peut rimer avec inclusion sociale.
Sur le volet environnemental et sanitaire, les initiatives de Ferima Coulibaly s’inscrivent dans une démarche durable. En privilégiant les circuits courts et la transformation locale, Marife réduit l’empreinte carbone associée aux importations de produits transformés. Surtout, la marque adopte une stratégie de zéro gaspillage des ressources : les sous-produits de fabrication sont réutilisés autant que possible. Par exemple, STFCI transforme les résidus de fèves de cacao – habituellement jetés – en engrais organique pour l’agriculture. Cette approche d’économie circulaire limite les déchets et fournit aux cultivateurs locaux un fertilisant naturel bon marché issu de la transformation. De même, la gamme Marife étant 100% naturelle, sans conservateurs chimiques, elle offre aux consommateurs des alternatives plus saines et respectueuses de leur santé. On peut ainsi y voir un impact environnemental indirect : en valorisant des ingrédients comme le baobab (arbre robuste adapté au climat aride) ou le manioc, ces projets encouragent la biodiversité agricole et l’utilisation de cultures locales résilientes. Ferima Coulibaly réussit donc le pari d’une innovation agroalimentaire à la fois viable économiquement, socialement responsable et durable écologiquement.
Distinctions et soutiens pour Marife et STFCI
En quelques années d’activité, Ferima Ghilat Coulibaly a su attirer l’attention des acteurs du développement et a récolté plusieurs distinctions qui saluent son travail novateur. Dès 2021, son projet Marife remporte le premier prix (ex æquo) lors d’un concours national d’entrepreneuriat agroalimentaire organisé par l’Institut Européen de Coopération et de Développement (IECD) avec le soutien de la Fondation Louis Dreyfus. Cette compétition, baptisée Transform, visait à promouvoir des PME locales apportant des solutions contre la faim et la pauvreté en milieu rural grâce à des produits innovants et inclusifs. Classée première, Ferima Coulibaly obtient une bourse de 5 millions de FCFA pour développer Marife. Elle bénéficie en outre d’un accompagnement d’un an au sein de l’incubateur Transform de l’IECD, incluant mentorat en gestion, appui marketing et accès à une unité de production aux normes. Ce prix – qualifié de “Prix d’excellence agroalimentaire Louis Dreyfus” dans la communication locale – constitue un tremplin majeur pour la jeune entreprise, validant la pertinence et le potentiel d’impact de Marife.
L’année suivante, en 2022, Ferima Coulibaly figure parmi les finalistes ivoiriens du Prix Pierre Castel, une prestigieuse compétition panafricaine récompensant de jeunes entrepreneurs agricoles. Son dossier est retenu parmi les six meilleurs projets de Côte d’Ivoire présentés devant le jury national. Bien qu’elle n’ait pas remporté la finale internationale, sa présence dans cette sélection lui a offert une visibilité accrue et un mentorat additionnel. Le Prix Pierre Castel, parrainé par le groupe Castel et la brasserie Solibra, évalue notamment l’impact durable des initiatives sur le territoire – un critère où Marife se positionne naturellement grâce à son modèle ancré dans la transformation locale. Selon Fraternité Matin, Ferima Ghilat Coulibaly a impressionné le jury lors de sa présentation, témoignant de la place grandissante des femmes dans l’agro-entrepreneuriat ivoirien.
En plus de ces concours, la fondatrice de Marife a intégré en 2021 la première cohorte de la WIC Académie, un programme d’accompagnement lancé par le Women’s Investment Club Côte d’Ivoire pour soutenir les PME dirigées par des femmes. Au sein de cette “académie” d’un nouveau genre, Ferima Coulibaly a pu bénéficier de formations ciblées (gestion financière, gouvernance) et de mentorat afin de franchir un cap dans le développement de son entreprise. L’initiative du WIC, qui réunit des investisseuses et cadres expérimentées, vise à fournir aux entrepreneures prometteuses comme Ferima les outils et contacts nécessaires pour accélérer la croissance de leur activité. Cette expérience lui a permis de peaufiner sa stratégie et d’élargir son réseau professionnel, confirmant son statut d’entrepreneure à suivre en Côte d’Ivoire.
Enfin, Ferima Coulibaly n’hésite pas à présenter ses innovations dans les salons et foires technologiques du pays. En 2024, lors du Salon International des Inventions d’Abidjan (Abidjan Innova), elle décroche la médaille de bronze pour un prototype de pâte alimentaire à base de manioc. Cette récompense, obtenue face à des inventeurs de divers horizons, souligne la capacité de STFCI à innover également dans la transformation de produits vivriers comme le manioc. Le jury d’Abidjan Innova a salué l’originalité et le potentiel de cette pâte de manioc locale, qui pourrait réduire les importations de pâtes alimentaires et valoriser davantage la filière manioc ivoirienne. Ce nouveau succès montre la diversité des projets que porte Ferima Coulibaly et son ouverture à explorer d’autres filières agroalimentaires en plus des fruits.
Ferima Ghilat Coulibaly s’impose aujourd’hui comme une figure montante de l’entrepreneuriat féminin en Côte d’Ivoire, alliant passion du terroir et sens aigu de l’innovation. En l’espace de quelques années, son entreprise a démontré qu’il était possible de transformer localement des produits longtemps délaissés, en créant de la valeur économique tout en ayant un impact social concret. Son parcours inspirant – récompensé par des prix d’excellence et soutenu par des organismes d’accompagnement – illustre l’émergence d’une nouvelle génération d’agri-preneurs africains, déterminés à trouver dans les richesses naturelles locales les clés d’un développement durable. Et l’aventure Marife ne fait que commencer, à en croire sa fondatrice qui poursuit ses efforts avec « passion, sincérité et professionnalisme ». Fort de ses premiers succès, le projet Marife a désormais le vent en poupe pour grandir, innover encore et continuer de faire rayonner les saveurs ivoiriennes du local à l’international.
Sources : Ferima Ghilat Coulibaly – site officiel Marife ; Fondation Louis Dreyfus – concours Transform 2021 ; Fratmat (quotidien ivoirien) ; Akwaba Vision (média économique)